24 Eloul — Hiloula du ‘Hafets ‘Haïm
Rabbi Israël Meïr HaCohen Kagan
1838–1933
Qui était le ‘Hafets ‘Haïm ?
Rabbi Israël Meïr HaCohen Kagan fut l'une des plus grandes autorités rabbiniques du judaïsme européen des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Il vécut principalement dans la petite ville de Radin, où il fonda une Yéchiva qui devint un important centre d'étude.
Malgré son immense réputation, il mena une existence d'une grande simplicité et refusa longtemps de tirer sa subsistance d'une fonction rabbinique.
Son influence demeure considérable jusqu'à aujourd'hui grâce notamment à deux œuvres majeures :
‘Hafets ‘Haïm, consacrée aux lois de la parole,
et
Michna Beroura, son monumental commentaire sur la partie Ora'h ‘Haïm du Choul'han Aroukh, devenu une référence majeure de la Halakha dans le monde ashkénaze.
Pourquoi l'appelle-t-on « ‘Hafets ‘Haïm » ?
Ce n'était pas son véritable nom.
Son ouvrage consacré aux lois du Lachon Hara connut une telle influence que Rabbi Israël Meïr Kagan finit par être appelé du nom de son livre :
חפץ חיים — « Celui qui désire la vie »
Le titre vient des Téhilim :
« Quel est l'homme qui désire la vie… ? Préserve ta langue du mal et tes lèvres des paroles trompeuses. »
Téhilim 34, 13-14.
Pour le ‘Hafets ‘Haïm, surveiller sa parole n'était donc pas simplement une belle qualité morale.
C'était une véritable Avodat Hachem.
Une révolution : prendre la parole au sérieux
Nous savons tous qu'il est interdit de mentir ou de calomnier.
Mais le ‘Hafets ‘Haïm mit en lumière quelque chose de beaucoup plus exigeant :
Une parole peut être vraie… et pourtant interdite.
Dire du mal de quelqu'un n'est pas automatiquement permis simplement parce que ce que nous racontons est exact.
Le ‘Hafets ‘Haïm rassembla et organisa les lois dispersées dans les sources de la Torah concernant le Lachon Hara et la Rekhilout.
Son ouvrage, publié en 1873, contribua profondément à replacer la maîtrise de la parole au centre de la conscience juive.
📖 Le récit marquant — L'homme qui frappa le ‘Hafets ‘Haïm
Un récit traditionnel particulièrement révélateur de sa personnalité raconte qu'un jour, le ‘Hafets ‘Haïm voyageait en train.
Un homme assis près de lui engagea la conversation.
Il expliqua avec enthousiasme qu'il se rendait écouter le célèbre ‘Hafets ‘Haïm.
Il commença alors à faire devant son compagnon de voyage l'éloge extraordinaire de ce grand Tsadik.
Le ‘Hafets ‘Haïm, profondément gêné d'entendre de tels compliments sur lui-même, essaya de calmer son enthousiasme.
Il lui expliqua en substance :
« Les gens exagèrent. Le ‘Hafets ‘Haïm n'est pas aussi extraordinaire que vous le pensez. »
L'homme fut scandalisé.
Comment pouvait-on parler ainsi d'un si grand Tsadik ?
Selon le récit, dans son emportement, il alla jusqu'à frapper son compagnon de voyage.
Quelques heures plus tard, il arriva à l'endroit où le ‘Hafets ‘Haïm devait prendre la parole.
Et soudain…
il vit monter devant l'assemblée l'homme qu'il venait de frapper dans le train.
Il comprit avec effroi ce qu'il avait fait.
Après le discours, il courut demander pardon au ‘Hafets ‘Haïm.
Mais la réaction du Rav fut remarquable.
Il ne se concentra pas sur l'humiliation qu'il avait subie.
Il considéra que cet homme avait agi parce qu'il croyait défendre l'honneur d'un Talmid ‘Hakham.
💎 La leçon pour ma vie
On pourrait croire que l'enseignement principal du ‘Hafets ‘Haïm est simplement :
« Ne dis pas de Lachon Hara. »
Mais son message va beaucoup plus loin.
Il nous demande de prendre conscience d'une chose extraordinaire :
une parole est un acte.
Une phrase peut redonner courage à quelqu'un.
Une phrase peut détruire une réputation.
Une phrase peut réconcilier deux personnes.
Une phrase peut provoquer une dispute qui durera des années.
Et pourtant, parce que la parole ne laisse aucune trace matérielle, nous avons tendance à penser :
« Je n'ai rien fait. J'ai seulement parlé. »
Le ‘Hafets ‘Haïm nous apprend précisément le contraire.
Parler, c'est déjà agir.
La question que je peux me poser aujourd'hui
Avant de raconter quelque chose sur quelqu'un :
Pourquoi ai-je besoin de dire cela ?
Est-ce réellement nécessaire ?
Est-ce constructif ?
Est-ce que cette parole va améliorer quelque chose ?
Ou est-ce simplement agréable de raconter ce que je sais ?
Quelques secondes de réflexion peuvent parfois éviter énormément de dégâts.
📚 Ses grandes œuvres
‘Hafets ‘Haïm — חפץ חיים
Les lois du Lachon Hara et de la Rekhilout.
Chemirat HaLachon — שמירת הלשון
Une approche morale et spirituelle de la maîtrise de la parole.
Michna Beroura — משנה ברורה
Son immense commentaire sur Ora'h ‘Haïm, consacré aux lois qui accompagnent la vie juive quotidienne.
Ahavat ‘Hessed — אהבת חסד
Consacré notamment aux mitsvot de bonté et de bienfaisance.
Ma'hané Israël — מחנה ישראל
Écrit notamment pour aider les Juifs servant dans l'armée à préserver leur vie juive dans des circonstances difficiles.
Sa Hiloula
Rabbi Israël Meïr HaCohen Kagan quitta ce monde à Radin en 1933, à un âge très avancé.
Sa Hiloula est commémorée le :
24 Eloul
Près d'un siècle après sa disparition, ses livres continuent d'être étudiés quotidiennement à travers le monde.
Et peut-être que son héritage peut être résumé par une idée très simple :
Si nous voulons améliorer notre vie, commençons par améliorer notre manière de parler des autres.
זכותו יגן עלינו ועל כל ישראל אמן
Que son mérite nous protège, ainsi que tout le peuple d'Israël.

