« Choisis la vie » : pourquoi le juste milieu n'existe pas
Quelques semaines avant Roch Hachana, dans la Paracha Nitsavim, Moché s'adresse au peuple juif une dernière fois avant de les quitter. Il leur dit : « Je place devant vous aujourd'hui le ciel et la terre en témoins : la vie et la mort sont devant toi... choisis la vie. » Une phrase qui, à première vue, pose une véritable énigme sur le libre arbitre.
Dire « choisis » enlève-t-il le libre arbitre ?
Si D.ieu nous dit de choisir la vie, c'est-à-dire la Torah et les mitsvot, nous laisse-t-Il vraiment le choix ? Rachi répond par une image limpide : celle d'un père âgé qui présente à son fils l'héritage de ses terres. Le fils, qui n'a jamais travaillé la terre - lui, c'est plutôt la high-tech - ne sait pas lequel choisir. Alors le père, parce qu'il l'aime et parce qu'il connaît, lui désigne le meilleur terrain.
Ce conseil retire-t-il la liberté du fils ? Bien au contraire. Un choix multiple, quand on n'a pas les moyens réels de discerner, n'est pas une vraie liberté. C'est précisément parce que le père aime son fils qu'il ne se contente pas de l'abandonner face à des options qu'il ne comprend pas - il lui indique la meilleure voie, tout en lui laissant, s'il le veut vraiment, la possibilité de choisir autrement. C'est exactement le sens du « choisis la vie » : un conseil d'amour, non une contrainte.
Le Juif n'a pas le droit d'être « bénoni »
Un peu plus tôt, dans la Paracha Tavo, D.ieu place devant le peuple bénédiction et malédiction - deux extrêmes. Rabbénou Ovadia Sforno tire de ce parallèle un enseignement puissant : si la Torah ne parle qu'en termes extrêmes, c'est qu'un Juif n'a pas le droit de se situer dans un simple juste milieu. Il ne peut pas se contenter d'être « moyen ». Choisir la vie, c'est prendre un engagement clair, sans se satisfaire d'une position confortable à mi-chemin.
Cet enseignement résonne avec une force particulière pendant les Asséret Yémé Techouva, les dix jours de pénitence. Combien d'entre nous se disent : « Ce que je fais est déjà pas mal », « je transmets ce que je peux à mes enfants, ça suffit » ? Et pourtant, dans tous les autres domaines de la vie - les études, la carrière, le foyer - on exige spontanément le meilleur pour soi et pour ses proches. Pourquoi, alors, se présenter devant D.ieu à Roch Hachana avec le minimum suffirait-il ?
Le paradoxe des dix jours offerts au bénoni
Un grand commentateur de la Guémara, le Ritva, soulève une question intéressante. Le Choul'han Aroukh enseigne que les dix jours entre Roch Hachana et Kippour sont spécialement offerts à celui qui se trouve « au milieu » (bénoni) : s'il en profite pour accomplir encore une mitsva, pour progresser un peu, cet effort sera pris en compte à sa juste valeur par D.ieu. Or, selon Beit Hillel, celui qui est exactement au milieu bénéficie déjà de la miséricorde divine, qui fait pencher la balance en sa faveur. Alors pourquoi cet effort supplémentaire serait-il nécessaire ?
La réponse rejoint l'enseignement précédent : oui, D.ieu est miséricordieux et Il nous fait ce cadeau. Mais avons-nous pour autant le droit de nous reposer dessus, de nous dire « je suis au milieu, c'est déjà bien », en comptant que D.ieu fera le reste ? Non. Le travail nous revient à nous, sans présumer de la miséricorde divine - même si, en définitive, nous en aurons toujours besoin.
Une compétition avec soi-même
Puisse cette nouvelle année nous remplir d'un désir sincère de progresser, d'accomplir ce petit effort supplémentaire qui fait toute la différence. Être en compétition, non pas avec les autres, mais avec soi-même - pour être un peu meilleur chaque jour. Et que nos enfants, en observant cette exigence bienveillante que nous avons envers nous-mêmes, soient à leur tour touchés et animés du même désir d'avancer sur le chemin des mitsvot.

