18 Tichri — Hiloula de Rabbi Na’hman de Breslev
Rabbi Na’hman de Breslev
1772–1810
Qui était Rabbi Na’hman ?
Rabbi Na’hman de Breslev fut l'un des maîtres les plus originaux et les plus profonds du mouvement hassidique.
Il naquit en 1772 à Medjybij, en Ukraine, dans une famille directement liée aux origines du hassidisme.
Sa mère, Feiga, était la petite-fille du Baal Chem Tov.
Il grandit ainsi dans un univers profondément marqué par la ‘Hassidout, mais développa très tôt une voie qui lui était propre.
Une voie centrée sur la joie, la prière personnelle, la simplicité, la émouna et la lutte contre le désespoir.
Il enseigna pendant une période relativement courte et quitta ce monde à seulement 38 ans.
Pourtant, plus de deux siècles après sa disparition, son influence ne cesse de grandir.
Un homme habité par la recherche d'Hachem
Dès sa jeunesse, Rabbi Na’hman manifesta une volonté extraordinaire de progresser spirituellement.
Les récits transmis par son principal disciple, Rabbi Nathan de Nemirov, décrivent un jeune homme qui refusait de se satisfaire de son niveau.
Il priait longuement.
Il étudiait.
Il recherchait la solitude pour parler à Hachem.
Et surtout, chaque fois qu'il atteignait un niveau, il considérait qu'il fallait encore avancer.
Cette recherche permanente deviendra l'une des caractéristiques fondamentales de son enseignement :
dans la Avodat Hachem, il ne faut jamais considérer que tout est acquis.
« Il est interdit de désespérer »
L'une des phrases les plus célèbres associées à Rabbi Na’hman est :
אין שום יאוש בעולם כלל
« Il n'existe absolument aucun désespoir dans le monde. »
Cette phrase résume une dimension essentielle de sa pensée.
Pour Rabbi Na’hman, même lorsqu'un homme est tombé très bas, il ne doit jamais conclure :
« Tout est terminé pour moi. »
Tant que l'homme vit, une nouvelle relation avec Hachem demeure possible.
Il peut recommencer.
Même après une chute.
Même après plusieurs chutes.
Même lorsqu'il pense avoir détruit ce qu'il avait construit.
Le désespoir est précisément ce qui cherche à convaincre l'homme qu'il n'existe plus de chemin.
Rabbi Na’hman affirme :
il existe toujours un chemin.
📖 Le récit marquant — « Toute la vie est un pont très étroit »
Un autre enseignement célèbre de Rabbi Na’hman compare le monde à un pont extrêmement étroit.
Il enseigne :
כל העולם כולו גשר צר מאוד
והעיקר לא לפחד כלל
« Le monde entier est un pont très étroit, et l'essentiel est de ne pas avoir peur. »
L'image est puissante.
Un homme avance sur un pont étroit.
Il sait qu'il peut tomber.
Instinctivement, il regarde le vide.
Mais plus il fixe le danger, plus sa peur risque de le paralyser.
Rabbi Na’hman ne promet pas que le pont deviendra large.
Il ne dit pas que les difficultés vont disparaître.
Il enseigne quelque chose de différent :
continue d'avancer malgré l'étroitesse du chemin.
Cette idée est devenue l'un des enseignements les plus connus de Breslev.
Hitbodédout — parler directement à Hachem
Parmi les pratiques auxquelles Rabbi Na’hman accordait une importance exceptionnelle se trouve :
התבודדות — Hitbodédout
Il encourageait chacun à consacrer régulièrement un moment pour parler à Hachem avec ses propres mots.
Pas uniquement avec les mots du Sidour.
Mais comme un homme parle à quelqu'un devant qui il peut tout déposer.
Ses difficultés.
Ses peurs.
Ses fautes.
Ses désirs.
Ses questions.
Ses remerciements.
Même lorsqu'une personne ne sait pas quoi dire, elle peut justement dire :
« Hachem, je ne sais pas quoi Te dire. »
Pour Rabbi Na’hman, cette simplicité peut devenir une forme extrêmement profonde de prière.
La joie comme travail spirituel
Rabbi Na’hman accordait également une place fondamentale à la Sim’ha — la joie.
Il enseignait :
מצוה גדולה להיות בשמחה תמיד
« C'est une grande mitsva d'être toujours dans la joie. »
Il ne s'agit évidemment pas de nier les difficultés.
Rabbi Na’hman lui-même connut des épreuves personnelles extrêmement douloureuses.
La joie dont il parle est un combat contre la tristesse qui immobilise l'homme et lui fait croire qu'il n'est plus capable d'avancer.
Il encourageait notamment à rechercher en soi-même les points positifs qui subsistent.
Même lorsqu'un homme se juge sévèrement, il doit chercher :
le petit endroit où il y a encore du bien.
Cette idée est développée dans son célèbre enseignement Azamra.
📖 Le voyage en Erets Israël
En 1798, Rabbi Na’hman entreprit un voyage extraordinaire vers Erets Israël.
À cette époque, un tel voyage était long, dangereux et incertain.
Il traversa notamment Istanbul avant d'atteindre la Terre d'Israël.
Il séjourna à Haïfa, Tibériade et Safed et rencontra plusieurs maîtres hassidiques installés dans le pays.
Le voyage se déroula dans une période extrêmement troublée, au moment de la campagne de Napoléon en Orient.
Rabbi Na’hman considéra par la suite que son séjour en Erets Israël avait profondément transformé son niveau spirituel et son enseignement.
Les contes de Rabbi Na’hman
Rabbi Na’hman possédait également une manière extraordinaire d'enseigner :
raconter des histoires.
Mais ses histoires ne sont pas de simples contes.
Rois, princesses disparues, mendiants, forêts, palais et voyages deviennent les éléments d'un langage spirituel.
Derrière le récit se cachent des enseignements sur la néchama, l'exil, la recherche d'Hachem et la réparation de l'homme.
Ces récits furent réunis sous le titre :
סיפורי מעשיות — Sipouré Maassiot
Ils constituent aujourd'hui encore l'une des parties les plus fascinantes de son héritage.
Rabbi Nathan — le disciple qui sauva son enseignement
On ne peut pas parler de Rabbi Na’hman sans évoquer :
Rabbi Nathan de Nemirov.
Rabbi Nathan devint son principal disciple et celui qui recueillit une grande partie de ses enseignements.
Après la disparition de Rabbi Na’hman, il consacra sa vie à les transmettre et à les publier.
C'est en grande partie grâce à lui que l'œuvre de Rabbi Na’hman nous est parvenue.
📚 Ses principales œuvres
Likouté Moharan — ליקוטי מוהר״ן
L'œuvre fondamentale regroupant les principaux enseignements de Rabbi Na’hman.
Sipouré Maassiot — סיפורי מעשיות
Ses célèbres contes.
Séfer Hamidot — ספר המידות
Un recueil d'enseignements classés par thèmes concernant les qualités humaines et la vie spirituelle.
Si'hot Haran — שיחות הר״ן
Conversations et enseignements de Rabbi Na’hman recueillis par Rabbi Nathan.
‘Hayé Moharan — חיי מוהר״ן
Récits et témoignages concernant sa vie, également transmis par Rabbi Nathan.
Ses dernières années
Rabbi Na’hman connut de très lourdes épreuves.
Sa femme mourut de tuberculose.
Lui-même contracta ensuite cette maladie.
En 1810, il choisit de s'installer à Ouman, en Ukraine.
Il savait que ses jours étaient comptés.
Il souhaitait être enterré dans cette ville, notamment en raison des milliers de Juifs qui y avaient été massacrés quelques décennies auparavant.
Sa Hiloula
Rabbi Na’hman quitta ce monde à Ouman le :
18 Tichri 5571 — 1810
Il avait seulement 38 ans.
Il fut enterré à Ouman, où son tombeau est devenu l'un des lieux de pèlerinage juifs les plus fréquentés.
Chaque année, des dizaines de milliers de personnes se rendent à Ouman autour de Roch Hachana, conformément à l'importance exceptionnelle que Rabbi Na’hman accordait au rassemblement de ses disciples auprès de lui à cette période.
Plus de deux siècles après sa disparition, trois de ses enseignements continuent particulièrement de résonner :
Ne jamais désespérer.
Parler à Hachem avec ses propres mots.
Chercher le point de bien qui existe encore en soi.
זכותו יגן עלינו ועל כל ישראל אמן
Que son mérite nous protège, ainsi que tout le peuple d'Israël.

