Hiloula de Rav Avraham Its’hak HaCohen Kook - 3 Eloul

Yossef Aflalo · 12 août 2026

3 Eloul — Hiloula de Rav Avraham Its’hak HaCohen Kook

Rav Avraham Its’hak HaCohen Kook

Le Rav Kook

1865–1935

Qui était Rav Kook ?

Rav Avraham Its’hak HaCohen Kook fut l'une des personnalités rabbiniques et spirituelles les plus originales du judaïsme du XXᵉ siècle.

Talmudiste, décisionnaire, kabbaliste, penseur et poète, il fut également le premier Grand Rabbin ashkénaze d'Erets Israël à l'époque du mandat britannique.

Il naquit en 1865 à Griva, en Lettonie.

Son univers familial réunissait déjà deux mondes : son père était lié à la tradition de Volozhin tandis que la famille de sa mère était proche de la ‘Hassidout ‘Habad.

Cette capacité à chercher l'unité entre des mondes qui semblent opposés deviendra l'une des caractéristiques de toute sa pensée.

Un immense Talmid ‘Hakham

Avant d'être connu comme penseur, Rav Kook était avant tout un immense érudit en Torah.

Il étudia à la célèbre Yéchiva de Volozhin, auprès du Netsiv — Rabbi Naftali Tsvi Yehouda Berlin.

Très jeune, il fut reconnu pour ses capacités exceptionnelles.

Il maîtrisait profondément le Talmud et la Halakha, tout en étudiant la Kabbala, la philosophie et la pensée juive.

Chez lui, ces différents domaines ne constituaient pas des mondes séparés.

Il cherchait constamment à découvrir :

l'unité profonde qui se cache derrière les contradictions apparentes.

L'arrivée en Erets Israël

En 1904, Rav Kook réalisa un tournant majeur de sa vie.

Il quitta l'Europe et s'installa en Erets Israël, où il devint Rav de Jaffa et des nouvelles implantations agricoles environnantes.

Il découvrit alors une réalité extraordinaire.

De jeunes Juifs étaient revenus travailler la terre d'Israël.

Beaucoup avaient abandonné la pratique religieuse.

Certains étaient même ouvertement opposés à la religion.

Pour une partie du monde rabbinique, ces jeunes étaient avant tout des Juifs qui s'étaient éloignés de la Torah.

Rav Kook vit également autre chose.

Il vit des néchamot qui participaient au retour du peuple juif sur sa terre.

Il ne justifiait pas leur abandon des Mitsvot.

Mais il refusait de réduire ces hommes à ce qui leur manquait.

Il voyait également leur courage, leur idéal, leur sacrifice et leur amour d'Erets Israël.

Voir le bien caché

Cette capacité à découvrir le bien derrière une réalité apparemment négative est fondamentale chez Rav Kook.

Il pensait que certaines révoltes contre la religion pouvaient parfois contenir, derrière leurs erreurs, une aspiration authentique.

Une aspiration à une Torah plus grande.

À une spiritualité plus profonde.

À une vie juive capable d'embrasser toutes les dimensions de l'existence.

Il ne fallait donc pas seulement combattre l'erreur.

Il fallait également découvrir :

quelle aspiration positive se cache parfois derrière elle.

Cette manière de penser explique en grande partie son attitude envers les pionniers juifs non religieux de son époque.

📖 Le récit marquant — À la rencontre des pionniers

En 1913, Rav Kook participa à un voyage rabbinique à travers plusieurs implantations juives de Galilée.

L'objectif était d'aller à la rencontre des pionniers, dont beaucoup s'étaient éloignés de la pratique religieuse.

Rav Kook ne voulait pas les observer de loin.

Il voulait les rencontrer.

Parler avec eux.

Écouter leurs difficultés.

Comprendre leur monde.

Et tenter de rapprocher des Juifs que tout semblait opposer.

Cette démarche était profondément caractéristique de sa personnalité.

Lorsqu'il rencontrait un pionnier non pratiquant travaillant la terre d'Erets Israël, il ne voyait pas seulement :

« un homme qui ne respecte pas la Torah ».

Il voyait aussi :

« un Juif qui construit Erets Israël ».

Il croyait que le peuple juif ne pourrait pas être reconstruit par la haine entre ses différentes composantes.

Il fallait parvenir à révéler le bien présent dans chacune d'elles.

L'amour d'Israël

Rav Kook écrivait avec une intensité particulière sur :

אהבת ישראל — Ahavat Israël

L'amour du peuple d'Israël.

Pour lui, aimer Israël ne signifiait pas aimer uniquement les Juifs qui pensent comme nous.

L'amour véritable commence précisément lorsque l'autre nous dérange.

Lorsqu'il vit différemment.

Lorsqu'il pense autrement.

Lorsqu'il semble très éloigné de ce que nous considérons comme juste.

Rav Kook cherchait alors à regarder plus profondément.

Derrière les différences se trouve une même néchama collective.

C'est pourquoi l'unité du peuple juif occupait une place centrale dans sa pensée.

La Téchouva selon Rav Kook

L'un de ses ouvrages les plus célèbres est :

אורות התשובה — Orot HaTéchouva

« Les lumières de la Téchouva »

Rav Kook y développe une vision particulièrement vaste de la Téchouva.

La Téchouva n'est pas uniquement :

« J'ai commis une faute, je dois la réparer. »

Elle est également un mouvement beaucoup plus profond.

Toute la création cherche à retourner vers sa source.

L'homme veut retrouver ce qu'il est véritablement.

La néchama veut retrouver sa proximité avec Hachem.

Le peuple d'Israël veut retrouver sa terre et sa vocation.

Le monde lui-même avance vers son accomplissement.

Ainsi, la Téchouva devient chez Rav Kook non seulement une réparation du passé, mais également :

un mouvement vers ce que nous sommes appelés à devenir.

« L'ancien se renouvellera et le nouveau sera sanctifié »

Une formule célèbre de Rav Kook résume une autre dimension de sa pensée :

הישן יתחדש והחדש יתקדש

« L'ancien se renouvellera et le nouveau sera sanctifié. »

Rav Kook refusait deux attitudes opposées.

La première consiste à penser que tout ce qui appartient au passé doit être abandonné.

La seconde consiste à penser que toute nouveauté représente nécessairement une menace.

Il rêvait d'autre chose :

une Torah suffisamment profonde pour faire vivre l'ancien tout en donnant une sainteté au nouveau.

Premier Grand Rabbin ashkénaze d'Erets Israël

Après la Première Guerre mondiale, Rav Kook revint en Erets Israël.

En 1919, il devint Grand Rabbin ashkénaze de Jérusalem.

Puis, lors de l'établissement du Grand Rabbinat en 1921, il devint le premier Grand Rabbin ashkénaze d'Erets Israël, aux côtés du Rav Yaakov Meïr, Grand Rabbin séfarade. (Bibliothèque Nationale d'Israël)

Il dut alors affronter des questions extrêmement complexes :

Halakha et agriculture,

relations avec les autorités britanniques,

construction des institutions juives,

relations entre religieux et non-religieux,

avenir spirituel du peuple juif en Erets Israël.

Rav Kook ne fut donc pas seulement un penseur.

Il dut confronter sa pensée à la réalité.

La Yéchiva Merkaz HaRav

En 1924, Rav Kook fonda à Jérusalem la :

ישיבת מרכז הרב — Yéchivat Merkaz HaRav

Il souhaitait former une nouvelle génération de Talmidé ‘Hakhamim profondément enracinés dans la Torah et capables de comprendre la grandeur spirituelle du retour du peuple juif en Erets Israël.

La Yéchiva deviendra après sa disparition l'un des grands centres de la pensée religieuse sioniste.

Son fils, Rav Tsvi Yehouda Kook, jouera ensuite un rôle essentiel dans la transmission et la diffusion de son enseignement.

📚 Ses principales œuvres

Orot — אורות

L'une des œuvres centrales de sa pensée, consacrée notamment à Israël, Erets Israël, la renaissance nationale et la dimension spirituelle de l'histoire.

Orot HaTéchouva — אורות התשובה

Son œuvre fondamentale sur la Téchouva.

Orot HaKodech — אורות הקודש

Une vaste présentation de sa pensée spirituelle et mystique, organisée après sa disparition à partir de ses écrits.

Ein Aya — עין איה

Son commentaire sur les Aggadot du Talmud, particulièrement celles des traités Berakhot et Chabbat.

Igrot HaRaaya — אגרות הראיה

Sa correspondance, qui permet de découvrir sa pensée confrontée aux questions concrètes de son époque.

Chabbat HaArets — שבת הארץ

Un ouvrage majeur consacré aux lois de la Chemita.

Une pensée de l'unité

Peut-être existe-t-il un mot permettant de comprendre une grande partie de Rav Kook :

אחדות — A'hdout

L'unité.

Unité entre Torah et vie.

Entre le particulier et l'universel.

Entre le peuple d'Israël et Erets Israël.

Entre Halakha et spiritualité.

Entre l'ancien et le nouveau.

Entre des Juifs qui pensent parfois être devenus incapables de vivre ensemble.

Rav Kook cherchait constamment à découvrir qu'au-delà des contradictions visibles pouvait exister une unité beaucoup plus profonde.

Sa Hiloula

Rav Avraham Its’hak HaCohen Kook quitta ce monde à Jérusalem le :

3 Eloul 5695 — 1935

Il avait 69 ans, quelques jours avant son soixante-dixième anniversaire.

Il repose au Har HaMenou'hot à Jérusalem.

Son influence sur la pensée juive contemporaine, l'étude de la Téchouva et la conception religieuse du retour du peuple juif en Erets Israël demeure considérable.

Une idée résume admirablement l'esprit de son œuvre :

Ne pas s'arrêter à ce qui sépare les hommes.

Chercher la lumière qui peut encore les réunir.

זכותו יגן עלינו ועל כל ישראל אמן

Que son mérite nous protège, ainsi que tout le peuple d'Israël.

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