Le miracle du vol Dubaï–Tel-Aviv : Dieu agit-Il aussi à travers le hasard ?

Yossef Aflalo · 3 octobre 2026

Le miracle du vol Dubaï–Tel-Aviv : Dieu agit-Il aussi à travers le hasard ?

Plus de 170 personnes se trouvaient à bord. En quelques secondes, leur vol ordinaire entre Dubaï et Tel-Aviv a basculé dans un scénario presque inimaginable.

Le 30 septembre 2026, le vol Flydubai FZ1073 se dirige vers Israël lorsque le copilote attaque le commandant de bord dans le cockpit avec une hache de secours. Selon les autorités des Émirats arabes unis, qui ont depuis qualifié les faits de tentative d’attentat terroriste, il tente alors de prendre le contrôle de l’appareil. L’avion perd brutalement plus de 16 000 pieds d’altitude en une trentaine de secondes.

Le commandant, grièvement blessé, parvient pourtant à déverrouiller la porte du cockpit. Des passagers et des membres de l’équipage réussissent à maîtriser le copilote.

Mais une autre circonstance va s’avérer décisive : un pilote de réserve de Flydubai se trouve justement à bord. Il peut reprendre les commandes et faire atterrir l’avion à Tabuk, en Arabie saoudite.

Après leur retour en Israël, certains passagers parlent spontanément de « miracles ».

Mais était-ce réellement un miracle ?

Tout peut pourtant s’expliquer

C’est justement ce qui rend cette histoire tellement intéressante du point de vue de la Torah.

Aucune mer ne s’est ouverte.

Aucune loi de la nature n’a été suspendue.

Des hommes courageux ont maîtrisé l’agresseur. Un commandant blessé a réussi à ouvrir la porte. Un autre pilote se trouvait dans l’avion et a pu prendre les commandes.

Chaque événement possède donc une explication parfaitement naturelle.

Alors pourquoi parler de miracle ?

Parce que le judaïsme connaît précisément une autre forme de miracle : le נס נסתר, le miracle caché.

Le Ramban et les miracles que l’on ne voit pas

À la fin de Parachat Bo, le Ramban développe une idée fondamentale.

Après avoir évoqué les miracles extraordinaires de la sortie d’Égypte, il écrit :

« ומן הנסים הגדולים המפורסמים אדם מודה בנסים הנסתרים »

« À partir des grands miracles manifestes, l’homme reconnaît les miracles cachés. »

Et le Ramban va beaucoup plus loin :

« שהם יסוד התורה כולה »

Ces miracles cachés constituent, écrit-il, « le fondement de toute la Torah ».

Ramban, Chemot 13,16.

Nous imaginons souvent qu’un miracle doit nécessairement être spectaculaire.

Le Nil devient du sang. La mer s’ouvre. La manne tombe du ciel.

Mais le Ramban nous invite à regarder autrement la réalité.

Il existe aussi une intervention divine qui ne détruit pas les lois de la nature mais qui peut se manifester à travers elles.

Le plus grand exemple ? Pourim

L’histoire de Pourim est probablement l’illustration la plus célèbre de ce principe.

Lorsque nous lisons la Méguilat Esther, nous pouvons expliquer chaque événement sans invoquer de miracle surnaturel.

Esther devient reine.

Mordekhaï découvre un complot contre le roi.

A’hachvéroch souffre d’insomnie précisément la nuit où tout va basculer.

On lui lit le livre des chroniques.

On y retrouve justement l’histoire de Mordekhaï.

Haman arrive au palais au même moment.

Puis, progressivement, toute la situation se renverse.

Aucune mer ne s'est ouverte.

Et, fait remarquable, le Nom de Dieu n’apparaît même pas explicitement dans toute la Méguila. Cette absence est déjà relevée par les commentateurs, notamment Ibn Ezra dans son introduction à Esther.

Pourtant, pour celui qui regarde l'ensemble de l'histoire, une question apparaît :

Combien de “coïncidences” doivent-elles se succéder avant que l’on commence à regarder les événements autrement ?

Le hasard existe-t-il dans la vision de la Torah ?

La Torah emploie elle-même le mot קרי, keri, que l’on peut comprendre comme ce qui arrive fortuitement.

Dans les remontrances de Parachat Be’houkotaï, Hachem reproche à Israël :

« ואם תלכו עמי קרי »
« Si vous vous conduisez avec Moi comme si les événements étaient fortuits… »
(Vayikra 26,21)

Le Rambam développe cette idée lorsqu’il parle des malheurs collectifs. Refuser de réfléchir et dire simplement qu’un événement est arrivé par hasard est, selon lui, une attitude problématique.

Cela ne signifie évidemment pas que nous sommes capables d'expliquer pourquoi chaque événement se produit.

La Torah nous demande de réfléchir.

Elle ne nous donne pas pour autant accès aux calculs divins.

Il existe une immense différence entre dire :

« Je crois que le monde est dirigé par Hachem »

et prétendre :

« Je sais pourquoi Hachem a fait cela. »

La première affirmation relève de la Emouna.

La seconde exige une connaissance que nous ne possédons généralement pas.

Revenons à cet avion

Regardons maintenant l'événement sans rien ajouter aux faits.

Un homme tente de prendre le contrôle d'un avion transportant plus de 170 personnes.

Le commandant est blessé.

L'appareil chute brutalement.

Pourtant, le commandant réussit à ouvrir la porte du cockpit.

Des personnes présentes à bord trouvent le courage d'intervenir.

L'agresseur est maîtrisé.

Et un autre pilote qualifié se trouve à bord et peut reprendre les commandes.

L'avion atterrit.

Les passagers survivent.

Chacun est libre de regarder cet enchaînement et de dire :

« Quelle incroyable succession de circonstances. »

Mais le croyant peut également y voir ce que le Ramban appelle les נסים הנסתרים, ces événements où la Providence divine n'apparaît pas nécessairement en dehors de la nature, mais à travers la nature.

Mais pourquoi eux ont-ils été sauvés ?

C'est ici qu'il faut être extrêmement prudent.

Lorsqu'une catastrophe est évitée, il est tentant de dire : « Hachem les a sauvés parce que… »

Mais que dirions-nous alors lorsque, malheureusement, un avion s'écrase ? Lorsqu'un attentat réussit ? Lorsqu'un innocent meurt ?

Nous ne connaissons pas les calculs d'Hachem.

La Emouna ne consiste pas à fabriquer une explication à chaque événement.

Elle consiste aussi à savoir dire :

Je ne sais pas.

Nous pouvons remercier Hachem pour une délivrance sans prétendre savoir pourquoi cette délivrance a été accordée.

C'est peut-être même une forme plus authentique de Emouna.

Le miracle caché

Nous attendons parfois de Dieu qu'Il se manifeste dans l'extraordinaire.

Mais peut-être passons-nous alors à côté d'une partie essentielle de la vision juive du monde.

Un miracle n'est pas nécessairement une rupture des lois de la nature.

Il peut prendre la forme d'une porte qui s'ouvre au bon moment.

D'un homme qui trouve soudain le courage d'agir.

D'un pilote qui se trouve précisément dans un avion au moment où un autre pilote devient incapable de le conduire.

Pris séparément, chacun de ces événements peut sembler parfaitement explicable.

Mis bout à bout, ils peuvent inviter le croyant à regarder plus loin.

C'est peut-être cela, précisément, le נס נסתר.

Le miracle caché ne nous oblige pas à nier la nature.

Il nous invite à nous demander si, derrière ce que nous appelons parfois simplement « hasard », il n'existe pas aussi une autre lecture possible : celle de la Hachga’ha, la Providence divine.

Et peut-être est-ce justement parce que cette présence reste cachée que l'homme conserve toujours sa liberté de regarder le même événement de deux manières :

une extraordinaire coïncidence…

ou une raison de dire merci à Hachem.

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