Yom Kippour : comment pardonner vraiment ?
À la veille de Yom Kippour, une question délicate se pose. On le sait : Yom Kippour est un jour de pardon. Mais que pardonne-t-il exactement ?
Deux types de fautes, un seul jour qui n'en efface qu'une partie
Nos Sages distinguent deux catégories de fautes : celles commises Ben Adam laMakom (entre l'homme et son Créateur), et celles commises Ben Adam laHavéro (entre l'homme et son prochain). Si la téchouva est sincère, Yom Kippour efface entièrement les fautes envers D.ieu. Mais les fautes commises envers autrui, elles, ne sont pas pardonnées par le jour lui-même — elles exigent une démarche envers la personne concernée.
C'est pour cette raison que la coutume veut qu'avant Yom Kippour, chacun demande mechila (pardon) à son entourage — au cas où, même sans le savoir, on aurait blessé quelqu'un.
Le vrai problème : pardonner du fond du cœur
Mais une difficulté demeure. Que faire quand quelqu'un qui nous a fait beaucoup de mal vient nous demander pardon ? On peut dire « mekhila » du bout des lèvres, l'accepter en apparence — mais au fond de soi, la rancune reste souvent intacte. Et cette rancune creuse un trou dans l'âme : elle nous empêche d'avancer, elle nous suit jusque dans notre sommeil. Tant qu'on n'a pas vraiment pardonné, on continue à porter ces personnes avec soi — parfois même après leur disparition, on garde leur préjudice vivant en nous.
Comment se libérer, alors, de ces mauvaises énergies qui nous encombrent ?
Une prière quotidienne à la puissance insoupçonnée
Un enseignement mérite d'être connu : les Juifs récitent chaque soir, après le Kériat Chéma, une courte prière qui commence par ces mots : « Ani mo'hel vessoléa'h lekhol mi shehiknit'ani… » — « Je pardonne et j'excuse quiconque m'a offensé… ». Un professeur américain, ayant entendu parler de cette pratique, en a été particulièrement impressionné par son efficacité.
L'essentiel n'est pas seulement de lire ces mots des yeux, mais de les prononcer explicitement, de s'entendre soi-même les dire, en pensant précisément à la personne qui nous a blessés. Cette pratique agit comme une véritable ségoula : elle permet, chaque soir, d'évacuer réellement la rancune accumulée — et de se réveiller le lendemain matin léger, prêt pour une journée nouvelle, sans ce poids du passé.
Voir la main de D.ieu derrière l'épreuve
Une deuxième clé, plus exigeante, est rapportée par nos Sages : considérer que celui qui nous fait du mal n'est, en réalité, qu'un messager d'Hashem. L'exemple donné est celui du roi David : lorsque Chimeï ben Guéra le maudit publiquement — un acte normalement passible de mort — David interdit à ses serviteurs de le tuer, en disant : « C'est D.ieu qui m'ordonne de le maudire. » Arriver à cette hauteur de vue, comprendre que tout, en définitive, vient d'Hashem, permet de prendre du recul et facilite grandement le pardon.
Pardonner pour être pardonné
Un dernier enseignement, essentiel : celui qui sait pardonner à autrui est jugé par D.ieu selon le même principe — mida kenegued mida, mesure pour mesure. Si nous savons faire abstraction des fautes commises envers nous, Hashem fait de même envers les nôtres, et nous accorde un jugement favorable.
Puisse chacun parvenir à cette dimension de pardon véritable — un travail exigeant, mais dont la récompense est immense.
Guemar 'hatima tova, et que cette année soit celle de la délivrance complète.

